Pour savoir de quoi on parle, il est nécessaire de définir quelques termes. Cette démarche essentielle paraît évidente, il n’est pourtant pas simple de donner une définition à un terme qui n’en a parfois pas.
Qu’est-ce qu’une victime?
Revenons à l’étymologie de la notion de victime. Du latin Victima, la notion a une connotation rituelle et théologique. A l’origine, la victime est une créature innocente utilisée pour servir un dessein qui la transcende par le sacrifice. Le terme de victime ne va s’affranchir de sa connotation sacrificielle au XVIIe siècle en pénétrant le dictionnaire de l’académie française qui va lui conférer un sens plus subjectif : la victime est définie comme étant une personne qui souffre injustement.
Au fil des siècles, le terme prend tour à tour une connotation plus juridique, sociologique mais il est également associé au chagrin amoureux.
Au XXIe siècle, comme un serpent qui se mord la queue, la victime martyre, qui se sacrifie au nom de dieu, retrouve une place auprès de certains fanatiques.
Quelle approche de la victime faut-il privilégier? Le côté ultra subjectif du mot comme le privilégient certains médias? Dans cette approche, la victime serait "toute personne qui se considère comme telle" (B. Garnot). Ainsi, chaque individu posséderait la capacité de s’ériger en victime, autant de fois qu’il le sent.
La sensation de souffrance, bien éloignée de toute considération juridique objective, est propre à chaque individu qui ne possède pas la même résistance face à la douleur. Cette définition aurait tendance à donner l’impression à chacun de pouvoir revendiquer un état de victime à chaque fois qu’il se ressent comme telle. Peu important finalement la gravité de l’atteinte ni son effectivité. Cette définition sociologique n’a pas sa place dans le vocabulaire juridique. Ce serait exclure totalement le rôle de la justice dans la reconnaissance de la qualité de victime, si victime il y a, et la désignation d’un coupable, si coupable il y a. Une définition trop large du mot joue en définitive en défaveur de la victime dont l’existence est enfin prise au sérieux depuis seulement quelques dizaines d’années.
Ce qui pose un problème majeur dans la détermination de la victime est qu’il n’existe pas de “modèle type” de victime : le mal dont souffre la victime peut être physique et/ou moral voire matériel. La victime a n’importe quel âge, vient de tout milieu social, elle n’a pas de signe distinctif capable de l’identifier: c’est un être humain.