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associations d'aide aux victimes, inceste, Muriel Salmona, pédocriminalité, viol, violence, violences sexuelles
"Le mot victime est aujourd’hui presque devenu une insulte, il est utilisé dans la vie de tous les jours de manière péjorative". Une phrase déclarative qui n’appelle aucune objection tant elle est juste en guise d’introduction d’un ouvrage ambitieux sur l’inceste et la pédocriminalité. "Signaux d’alerte et phrases assassines – les violences sexuelles sur les mineurs" est édité par "Le monde à travers un regard", association de lutte et de prévention contre l’inceste et la pédocriminalité dont Sandrine Apers est la présidente. Le ton est posé, être une victime n’est pas un sacerdoce. Se manifester comme étant victime lorsqu’on a souffert d’une infraction sexuelle est considéré comme étant suspicieux, un aveu de faiblesse, l’expression d’un état auquel les gens ne veulent pas se frotter au cas où celui-ci serait contagieux.

Cet ouvrage remarquable a reçu la participation éclairée de la docteure Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, responsable de l’institut de victimologie du 92 et co-fondatrice du CRIFIP. Elle déplore une fois encore le manque de formation des médecins et professionnels de santé « pour dépister et identifier des enfants et des adolescents victimes d’inceste. Ils ne connaissent pas la fréquence de ces violences, leur réalité, leur gravité, ils ne connaissent pas ou très peu les signes d’alerte et les symptômes psychotraumatiques que présentent les enfants victimes, ils ne pensent pas à poser systématiquement des questions simples de dépistage aux enfants, suivant leur âge ».
Les illustrations, réalisées par Caroline Dewaele membre du collectif des moutons noirs, sont essentielles dans la lecture de ce document car elles expriment avec justesse la solitude et le désarroi d’un enfant ou d’un adolescent victime de violences sexuelles.

Ce livret de prévention très précieux est gratuit. Vous pouvez le télécharger ici ou le lire ici.
En premier lieu, il s’emploie, de manière pédagogique, à rappeler quelques fondamentaux comme les dispositions légales en vigueur concernant les infractions sexuelles catégorisées par la loi selon leur gravité, en crimes ou en délits.
Sandrine Apers pose également des définitions qui permettent de préciser les notions d’inceste et de pédophilie. L’inceste "désigne un acte sexuel entre membres de la même famille et soumis à un interdit". A ce propos, le conseil constitutionnel a rendu le 17 février 2012 une décision de non-conformité de l’article 222-27-2 du Code pénal à la constitution. Pour le conseil des sages, le législateur "ne pouvait, sans méconnaître le principe de légalité des délits et des peines, s’abstenir de désigner précisément les personnes qui doivent être regardées, au sens de cette qualification, comme membres de la famille" (décision n° 2011-222 QPC du 17 février 2012, considérant 4). Le pédophile est étymologiquement celui qui a une amitié pour les enfants. Partant de ce constat, l’auteur propose de parler de pédosexualité ou pédocriminalité car "le pédophile est un adulte attiré sexuellement par les enfants: il ne les aime pas, il les considère comme des objets de consommation".
Ensuite, le document compile certaines idées reçues et mythes sur la question des agressions sexuelles sur les mineurs, parce qu’à l’instar des violences faites aux femmes, les idées reçues et les mythes desservent la cause des victimes d’inceste, toujours proférés contre elles. Il faut donc continuer, inlassablement à les déconstruire, jusqu’à ce que la vérité soit connue et acceptée par la plupart. Ces croyances n’impactent pas seulement les foyers, elles pénètrent également les tribunaux, les hôpitaux, les commissariats. Cela amène parfois des magistrats à prendre des décisions ubuesques, comme cela a été le cas il y a quelques jours en Angleterre. Se fondant sur l’argumentation de l’avocat disant que la fillette de 11 ans violée était consentante, un jugement a condamné les deux infracteurs à une peine atténuée de 40 mois (je rappelle qu’en droit français le viol est un crime passible d’une peine de 20 ans de réclusion criminelle lorsqu’il est commis sur un mineur de moins de 15 ans). Hormis l’apparente contradiction qu’il y a à affirmer qu’un viol puisse être consentant, il est indéniable que « ce mythe vise à nier l’agression ou à reporter la responsabilité de l’agression sur la victime », à tout le moins, partager la responsabilité entre les deux parties en présence.

En deuxième lieu, le livret nous permet de lire le témoignage d’une victime, qui par sa voix fait comprendre au lecteur l’importance qu’il y a à écouter un enfant qui cherche à exprimer son mal-être. En effet, « il est plus que nécessaire que la société se mette à l’écoute des victimes, lui adresse davantage d’empathie, change de vocabulaire et de façon de penser » (livret p.14). Les pages de 17 à 23 sont d’ailleurs consacrées aux paroles et signes exprimés par l’enfant et à la manière de réagir lors des révélations de l’enfant pour ne surtout pas céder à la panique mais tenter de le rassurer. Il est d’ailleurs de notre devoir d’adulte de protéger les enfants. Le document nous donne des outils pour tenter de dépister certains signes révélateurs d’une situation de danger dans laquelle se trouve un enfant ou un adolescent. Muré dans son silence destructeur, l’enfant victime vit « l’humiliation, la culpabilisation, la dénégation, la minimisation, les menaces, la moquerie etc ». Les victimes entendent tout le temps des phrases assassines (ouvrage p.15 et 16):
- de leur agresseur :« si tu parles, je te tue. Personne ne peut t’aimer. Je te fais ça parce que je t’aime etc.» ;
- de leur entourage ou leur famille: « de toute façon, c’est bien fait pour toi, tu n’avais qu’à te défendre. Si ce que tu dis est vrai, c’est la prison direct, tu te rends compte, il t’a élevé quand même. Tu ne vas pas nous embêter pour une histoire de touche pipi etc. »
- des professionnels : « il faut savoir pardonner. Quand on est victime, on n’est pas maman. Demandez-vous pourquoi il vous a fait ça. Et vous, avez-vous été un bon fils ? etc. »

Ces phrases assassines, Grace Brown dont je vous avais parlé ici, en fait une force. Ses photos, tel des miroirs, renvoient aux agresseurs des mots utilisés par eux contre leur victime. Par l’utilisation d’images, elle souhaite aider des survivant(e)s de viols à se reconstruire.
Le 14 avril 2012 se tiendra une exposition-conférence "En parler n’est pas un crime!"à l’espace Art et Culture de Déols. En attendant, je vous incite à lire le document dont je viens de faire une brève présentation.


